mardi 27 septembre 2016

Dossier (partie 2)...Naissance, évolution et déclin des associations de la première génération marocaine de Belgique

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..Les associations immigrées européennes comme modèle

Ahmed Oubari (à droite) fut le premier artisan de la naissance des structures associatives marocaines en Belgique 



L’émergence de structures associatives propres à la communauté marocaine de la première génération, fut sans conteste, impulsée par le dynamisme et l’implication des divers groupes progressistes et antifascistes européens – Espagnols de gauche, Grecs opposés à la dictature des colonels, Portugais luttant contre le salazarisme, communistes italiens....

Ces groupes et d’autres comme ceux que formaient les réfugiés chiliens, qui avaient fui, dès septembre 1973 la terreur militaire instaurée suite au coup d’état du général Pinochet, inspireront nombre de militants et cadres marocains présents en Belgique à cette époque

Une époque de grandes mobilisations sociales et politiques autour des évènements cruciaux du monde, comme l’émergence du mouvement palestinien, la révolution culturelle chinoise, ou la résistance anti impérialiste des mouvements de libération d’ Amérique Latine d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est. 

Entre 1972 et 1980, la solidarité entre les associations marocaines naissantes et les groupes espagnols, italiens, grecs ou portugais, hautement politisés, constituait à gauche, une réalité bien concrète

Depuis le début des années septante, il ne se passait pas de semaine sans que les militants espagnols de la Centrale générale des Travailleurs de Belgique (FGTB) et ceux de la Confédération des syndicats chrétiens, ne se manifestent - marches, meetings, manifestations - sur le terrain bruxellois pour réclamer l'abolition de la dictature franquiste.

Les syndicalistes marocains de cette époque de même que des militants progressistes et révolutionnaires, issus du Maroc, s'associaient à ces actions, qui leur servaient de chantier d'apprentissage des luttes démocratiques.
  
Les organisations gauchistes et anarchistes belges ne furent en reste dans l'engagement militant anti capitaliste et contre la mainmise de l’impérialisme sur les richesses du monde.

Nous étions à quelques encablures de mai 1968, époque qui avait enregistré de vastes mouvements européens de solidarité avec les peuples du tiers monde en lutte pour leur indépendance, comme nous étions également en plein essor de l'idéologie maoïste.

Toutes ces associations et organisations, tant marocaines que celles composées de progressistes européens, s’étaient trouvées ainsi, engagées dans la même mouvance, à savoir, la lutte contre les régimes totalitaires et les intérêts impérialistes.

Les militants marocains purent ainsi se nourrir des expériences de luttes plus anciennes, dans le domaine syndical, politique et socio-culturel de leurs camarades européens.

Les syndicalistes marocains, à l’instar de Noury Lekbir, Houcine El Manouzi ou Ahmed Oubari, s’intégreront assez vite dans des structures syndicales belges pour promouvoir l’encadrement et la politisation des travailleurs immigrés marocains, présents à cette époque sur le sol belge. 


Ahmed Oubari et Pierre Legrève


Dès leur arrivée en Belgique, les premiers travailleurs marocains s’étaient affiliés de manière importante à ces syndicats.

Il s’agissait pour eux, qui étaient privés du droit de vote, et ne disposaient de ce fait, d’aucun poids politique, du seul lieu où ils pouvaient faire entendre leurs revendications et défendre leurs intérêts

La CSC (Confédération des syndicats chrétiens) se manifesta à cette époque par une grande ouverture à l’égard des travailleurs immigrés, notamment dans les mines de Wallonie où la centrale socialiste (FGTB) disposait d’une puissance nettement plus importante.

En 1965, un jeune opposant marocain, du nom d’Ahmed Oubari, qui avait effectué un bref séjour en Algérie, après avoir échappé de justesse à l’arrestation au Maroc, obtint de ses camarades marocains, exilés dans ce pays, le nom d’une personne de contact susceptible de lui faciliter les démarches nécessaires à sa future installation en Belgique.

Ce contact belge se nommait Pierre Legrève, grand militant trotskiste, aujourd’hui décédé.

En froid avec le parti socialiste, Legrève, ancien député du PSB, occupait un poste de responsabilité au sein du «  Département Enseignement  » de la Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB)

Evoluant au sein de la Belgique unitaire, cette fédération syndicale regroupait ses instances tant flamandes que wallonnes.

De culture et de conscience internationaliste, le syndicaliste trotskiste Legrève adopta très vite le jeune Ahmed Oubari et lui permit assez rapidement d’effectuer ses premiers pas au sein du syndicat socialiste.

Du temps où la guerre d’Algérie touchait à sa fin, Pierre Legrève avait noué de solides liens avec la direction française du Front algérien de libération nationale (FLN).

Le syndicaliste belge évoluait au sein d’un réseau belge de soutien au FLN, constitué outre de lui-même, de l’avocat Serge Moureaux, du bourgmestre bruxellois Guy Cudell et de l’ancien président de la Ligue belge des droits de l’homme, Marc De Cock.

D'autres militants politique plus discrets soutenaient l’action de ce réseaux de soutien au FLN.

L’action de ce réseau consistait, à la demande de la résistance algérienne, à exfiltrer des activistes du FLN, recherchés en France par les commandos de l’OAS, ceux de la Main Rouge ou par la police française.

Nombre de ces militants algériens furent sauvés d’une mort certaine grâce à l’organisation par ce réseau, de leur sortie de France et leur acheminement vers la Belgique

Après un bref passage dans les rouages nationaux de la FGTB où Ahmed fut employé comme propagandiste auprès des travailleurs marocains affiliés à cette centrale puis comme permanent itinérant, celui-ci fut intégré au sein de la structure régionale bruxelloise du syndicat socialiste.

Soutenu et conseillé par Pierre Lergrève, Ahmed occupera très vite une fonction de permanent à plein temps au sein du Service de Gestion des chômeurs maghrébins.

Il tentait tant bien que mal de concilier son travail syndical avec ses activités politiques, qu’il menait, dans une semi - clandestinité, avec ses camarades marocains de l’UNFP (Union nationale des Forces populaires), présents sur le sol belge.

Partant de l’idée que les travailleurs immigrés faisaient partie intégrante de la classe ouvrière belge, la FGTB, contrairement à sa consoeur chrétienne, n’était pas favorable à cette époque, à la création en son sein, de sections spécifiques, émargeant aux nationalités d’origine de ses affiliés.

Bien avant l'arrivée des cadres politiques marocains, les militants politiques provenant d’Espagne, d’Italie ou de Grèce avaient déjà trouvé leur place pleine et entière au sein des instances des syndicats belges

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Qui était Pierre Legrève, premier soutien et formateur des opposants marocains en exil en Belgique

Pierre Legrève

1916 - 2004



1 commentaire:

  1. Très bon article et charmant personnage d'une rare intelligence que ce OUBERI

    FARID KESSAS

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