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Article du journaliste Ali Anouzla
traduit par Ahmed Benseddik
La célébration de rituels talmudiques par un groupe de juifs orthodoxes devant l'un des remparts historiques de Marrakech la semaine dernière, a suscité une vive polémique au Maroc et déclenché des manifestations populaires dans la Ville ocre pour dénoncer ce que les protestataires ont qualifié de « provocation sioniste » des sentiments des Marocains, exigeant l'arrêt de toute forme de normalisation avec l'état sioniste et mettant en garde contre le danger de ce qu'ils perçoivent comme des plans d'infiltration discrète dans la société marocaine.
L'incident a débuté lorsqu'un groupe de touristes juifs, dont la nationalité est inconnue (certains pourraient toutefois posséder la double nationalité, notamment israélienne), s'est approché des remparts de la Vieille Ville en soirée.
Vêtus de chapeaux noirs et de longs manteaux, à la manière des juifs orthodoxes, ils ont accompli des rituels talmudiques semblables à ceux pratiqués au Mur occidental (également appelé Mur des Lamentations), sous les yeux des passants.
Des vidéos amateurs ont filmé la scène et se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux, déclenchant un vif débat entre partisans et opposants à la normalisation des relations du Maroc avec Israël, dont les répercussions se font encore sentir.
L'État est resté silencieux, ne publiant aucun communiqué officiel.
Certains sympathisants sionistes ont tenté de minimiser l'incident en affirmant qu'il impliquait des touristes juifs sympathisants de la cause palestinienne et que l'heure de l'une de leurs prières coïncidait avec leur présence sur les lieux, sans que cela soit prémédité ni planifié – une tactique visant à apaiser la colère de l'opinion publique.
D'autres ont soutenu que la scène reflétait la liberté de religion au Maroc et le climat d'ouverture et de stabilité qui règne dans le pays.
La réaction la plus provocatrice a cependant été la question suivante : pourquoi les musulmans sont-ils autorisés à prier dans les rues et les ruelles à l’occasion de la prière du vendredi lorsque les mosquées sont bondées, alors que d'autres ne le sont pas ?
Et pourquoi les musulmans prient-ils dans les espaces publics dans d'autres pays, en particulier en Europe, sans que cela ne suscite d'objections ?
Mais les opposants à la normalisation ne sont pas restés silencieux face à ces arguments.
Ils ont organisé une grande manifestation à Marrakech pour condamner ces événements et exiger l'arrêt immédiat de toute forme de normalisation avec Israël.
Des voix issues des partis politiques, de la société civile, des milieux intellectuels et des médias ont également alerté sur la gravité de l'incident.
Certains sont même allés jusqu'à y voir une tentative de créer un nouveau « Mur des Lamentations » au Maroc, rappelant les débuts de la colonisation juive en Palestine, lorsque le mouvement sioniste avait commencé par des rituels symboliques similaires avant de se transformer en un projet d'occupation, d'expansion et de domination.
Où réside le danger ?
Premièrement, il réside dans le fait que cet incident s'inscrit dans un processus de normalisation progressive en cours depuis la signature des accords d'Abraham par le Maroc en 2020.
Cette normalisation, voire cette sionisation, a atteint un point où elle menace l'identité marocaine et alimente les dissensions entre les Marocains qui soutiennent la cause palestinienne et un petit groupe animé par des motivations sionistes.
Depuis la signature de ces accords, imposés par la plus haute autorité du pays, le Maroc s'est lancé dans une course à la normalisation accélérée, à un rythme sans précédent, même pour d'autres pays ayant normalisé leurs relations avant lui, comme la Jordanie et l'Égypte.
L'infiltration s'est étendue aux universités, aux écoles et aux instituts scientifiques, ainsi qu'aux entreprises et aux investissements de toutes sortes, y compris dans les secteurs militaire, sécuritaire et stratégique tels que les énergies renouvelables, l'exploration pétrolière et gazière et les terres rares.
Elle a également inclus l'acquisition de vastes terres agricoles dont les produits, désormais étiquetés « israéliens », sont exportés du Maroc vers le marché européen.
L'infiltration a même atteint les programmes scolaires et les sermons du vendredi.
Parallèlement, l'espace pour la liberté d'opinion, d'expression, de la presse et de réunion s'est considérablement réduit.
Quiconque s'oppose à la normalisation, ou même exprime simplement sa solidarité avec la cause palestinienne, s'expose désormais à des interdictions, à la répression, à des arrestations, à des procès et à l’emprisonnement.
Ceci s'explique par le fait que l'état israélien a développé des groupes de pression de plus en plus influents dans divers secteurs, des médias aux universités, en passant par certains partis politiques, ministères et institutions, dont des organes élus.
À l'inverse, une poignée de voix pro-sionistes, protégées par les cercles officiels, se sont décomplexées et ont exprimé leur hostilité envers quiconque les critique, recourant à la diffamation et à la calomnie.
Elles sont même allées jusqu'à poursuivre en justice des manifestants pour avoir prétendument brûlé le drapeau israélien lors des manifestations populaires qui se déroulent actuellement dans les villes et villages marocains.
C'est un phénomène que nous n'avons même pas observé dans des pays comme les États-Unis.
Quelle est la position officielle de l'État ?
Malheureusement, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucune réaction officielle n'a été observée face à ce que les médias appellent la « prière du Mur des Lamentations marocain », ce qui revient à approuver et tolérer tacitement de telles provocations.
Les autorités elles-mêmes empêchent les musulmans de prier en groupe dans les lieux publics et n'ouvrent les mosquées officielles, sous la supervision du ministère des Habous, les biens religieux, qu'aux heures de prière, avant de les refermer aussitôt.
Elles interdisent également le recueillement ou les rassemblements pour la prière dans ces mosquées, comme c'est le cas durant les dix derniers jours du Ramadan, où les personnes observant le recueillement sont parfois expulsées de force.
Est-ce que le Maroc ne devient un pays de tolérance et de liberté de croyance que lorsqu'il s'agit de non-musulmans ?
La gravité de l'événement, avec ses dimensions symboliques, religieuses et historiques, met en lumière un danger encore plus grand : le niveau de normalisation de l'infiltration au sein de la société marocaine.
Ceci soulève une question politique et morale cruciale : si la majorité du peuple marocain, comme le montrent les manifestations en cours, rejette cette voie, alors à qui profite-t-elle ?
Et qui cherche à l'imposer par la force ?
Quiconque s'y risque joue avec le feu, car le projet sioniste ne se limite pas à la Palestine ; c'est un projet de colonisation, de domination et d'expansion sous couvert religieux, visant tout ce qui est arabe et islamique, de Tanger à Jakarta.
Si l’opération « déluge d’al Aqsa » a un mérite, malgré les immenses sacrifices que continuent de consentir les Palestiniens pour le bien de tous, c’est d’avoir révélé le vrai visage de ce projet.
Alors, le fait de fermer les yeux aujourd’hui sur des rituels qualifiés de symboliques et éphémères pourrait ouvrir la voie à un nouvel Israël au Maroc.
Il ne s’agit pas de simples spéculations ; c’est confirmé par les déclarations d’extrémistes, notamment du ministre sioniste Ben Gvir, qui affirmait auparavant que les premiers habitants du Maroc étaient juifs et que le territoire marocain leur appartenait.
Ce qui s'est passé devrait alerter les Marocains, tandis que les normalisateurs sionistes ne font que jouer le rôle qui leur a été assigné.
Cependant, la plus grande responsabilité incombe au détenteur de la décision suprême, car il s'agit de la souveraineté et de l'unité du Maroc, qui ne sauraient être abandonnées à la merci des ambitions d'un projet impérialiste sioniste expansionniste qui commence par des insinuations et se termine par des diktats.

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