samedi 12 mars 2016

L'Exécutif des Musulmans...cette fois, cela passera ou cela cassera définitivement

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...ou comment s'en sortir...enfin


Je ne voudrais pas être à la place des pouvoirs publics belges qui ont tenté depuis la mise en place de cet organe, de soutenir, certes parfois maladroitement, les acteurs musulmans qui se sont portés candidats à la direction de l'EMB. 

Mais sans y parvenir à ce jour...

Tout d'abord, il faut enregistrer avec l'indélébile encre de chine, que la reconnaissance du temporel du culte islamique intervenue en 1974, n'avait en réalité intéressé quasi aucun musulman de l'époque, dans la mesure où les "immigrés", tant marocains que turcs, ne pensaient qu'à une chose: ramasser un petit pactole et retourner au pays pour concrétiser un projet agricole au village d'origine.

Ceux des acteurs militants, pour la plupart de gauche et opposés au régime de feu Hassan II, ne prêtèrent à cette époque aucune attention aux aspects liés à la vie spirituelle de leurs compatriotes 

Aussi, lorsque les autorités belges de cette époque décidèrent de procéder à cette reconnaissance, elles n'avaient trouvé en face d'elles que les dirigeants saoudiens qui étaient à la recherche d'un ou de plusieurs points d'attache en Europe.

Si Genève fut choisie par les saoudiens pour y installer un centre islamique de prestige (confié à la famille Ramadan), ce fut en raison de l'intérêt que représentait la Suisse, en tant que place forte de la finance internationale et comme point de chute des principales succursales de l'ONU

Quant à Bruxelles, son choix par l'Arabie saoudite fut dicté par la présence dans la capitale belge des principales institutions européennes et du siège de l'Otan

Ainsi, cette reconnaissance du temporel du culte islamique profita à la théocratie saoudienne qui obtint des autorités belges la prérogative de désigner les enseignants de religion islamique et d'être l'interlocuteur unique du gouvernement belge pour ce qui concernait les matières liées à la gestion du temporel du culte islamique

Plus tard,  en 1987, l'Etat belge se fâcha avec le centre islamique et culturel inféodé à l'Arabie saoudite et décida de lancer une recherche tous azimuts pour trouver une structure de substitution à ce centre; structure devant se charger de prendre en main la gestion du temporel du culte islamique.

En 1989, le Commissariat royal à la politique des immigrés vint s'insérer dans cette dynamique et proposa la mise en place d'un organe chef du culte islamique. 

Dix ans plus tard, émergea à travers des élections générales auxquelles participèrent plus de 70000 musulmans de notre pays, le premier Exécutif des Musulmans de Belgique.

Depuis son apparition et les espoirs que cet organe chef du culte islamique suscita tant au sein des communautés musulmanes de Belgique qu'auprès des pouvoirs publics du plat pays, le fonctionnement de l'EMB ne fut jamais à la hauteur des attentes et des espoirs mis en lui par ceux qui s'étaient déplacés en masse pour procéder à son élection  

Passons les multiples dysfonctionnements qui ont marqué la courte existence de cet organe depuis son installation officielle en 1999. 

Car, une évaluation sérieuse de ce parcours cahotique nécessiterait sans aucun doute, un ouvrage volumineux...Cela viendra peut être un jour

Penchons nous sur la dernière "réforme" que le ministre de la justice avait réclamée il y a 5 ans aux membres de l'Exécutif des Musulmans de Belgique, afin d'asseoir une bonne fois pour toute, un organe stabilisé et surtout bénéficiant d'un consensus le plus large possible au sein des communautés musulmanes de notre pays

Face à ce défi, les membres de l'EMB furent incapables de réunir autour d'eux les divers courants s'exprimant au sein des communautés musulmanes de Belgique et se contentèrent de "téléphoner" à leurs amis et connaissances pour les inviter à participer à la réflexion visant à réorganiser l'organe chef du culte islamique.

Face à cette situation marquée par la perpétuation des pratiques anciennes, deux structures actives au sein des deux communautés musulmanes les plus importantes numériquement en Belgique - la turque et la marocaine - décidèrent d'entrer en scène et de prendre les "choses en main".

Ces deux structures sont, coté turc, les Diyanet de Belgique, inféodées au gouvernement de Turquie et coté marocain, le RMB (Rassemblement des Musulmans de Belgique).

Les représentants de ces deux organisations finiront par convaincre les membres de l'EMB de leur confier la mission visant à réformer l'organe chef du culte islamique.

Ce que la majorité des membres de l'EMB acceptèrent après avoir analysé les propositions des dirigeants du RMB et des Diyanet.

D'autres membres de l'EMB, minoritaires, décidèrent de "combattre" de l'extérieur de cet organe, le plan proposé par Salah Echallaoui, président du RMB et de Beyazgül, directeur général des Diyanet de Belgique et ancien président de l'EMB et de créer une structure d'opposition au projet de réforme porté par le RMB et les Diyanet.

En concertation avec les membres de l'EMB, les promoteurs du plan de réforme entamèrent avec détermination les travaux devant conduire à cette restructuration.

Le plan préconisait de laisser de coté les élections générales qui d'après le RMB et les Diyanet avaient montré leurs limites, et de passer pour réussir cette réforme, par les 300 mosquées de Belgique et leurs fédérations.

Durant deux années d'un travail visant à convaincre les mosquées à participer à ce projet de réforme, les représentants du RMB et des Diyanet, qui sillonnèrent du nord au sud du pays les routes de Flandre, de Wallonie et celles de Bruxelles, réussiront à faire adhérer la majeure partie des lieux du culte islamique,  au plan de réforme proposé par ces deux structures.

Si pour les mosquées émargeant à la communauté turque, l'action des Diyanet fut assez aisée, puisque le contrôle de ces lieux est établi depuis longtemps, il fut plus difficile pour le RMB de faire adhérer à ce projet réformiste, les mosquées marocaines, soumises à des influences diverses et parfois dichotomiques...

Personne n'avait misé un penny sur les chances d' Echallaoui à réussir ce challenge...

L'homme, à la surprise générale, atterrit fin 2013, avec une adhésion massive des représentants des mosquées marocaines au plan de réforme que les pouvoirs publics belges trouvèrent assez apte à donner un souffle nouveau au fonctionnement d'un organe chef du culte islamique, miné auparavant par des conflits de personnes et des rivalités liées à des positionnements individuels.

Ainsi, les 280 délégués des mosquées (formant le Conseil général) se réunirent début 2014 pour désigner une assemblée générale des Musulmans de Belgique (67 membres).

Les 67 membres composant cette assemblée se retrouvèrent en mars 2014, pour précéder à l'élection des 17 membres du nouvel Exécutif des Musulmans de Belgique...

La réussite du processus imaginé et animé par Salah Echallaoui et les représentants de la Diyanet fut indéniable et agréa les pouvoirs publics tenus au parfum des travaux...

Salah Echallaoui qui n'avait pas auparavant fait clairement part de ses intentions quant à ses projets personnels, liées à la fonction qu'il souhaitait occuper au sein de cet organe, décida, selon moi, tardivement, de présenter sa candidature pour figurer parmi les 17 membres du nouvel Exécutif. 


Salah Echallaoui, parviendra t il à prendre la direction de l'EMB ?

Sauf que durant ce long processus, et comme ils ont l'habitude de le pratiquer, les éléments peu ou prou proches ou inféodés à la nébuleuse des Frères musulmans, ne dormaient que d'un oeil.

Calmement, patiemment et discrètement, ces Frèristes et notamment ceux émargeant à la très active Union des mosquées de la Région de Bruxelles - Capitale, dominée par la méga mosquée Al Khalil de Molenbeek, mais pas que..., occuperont de nombreuses positions au sein de l'Assemblée générale des Musulmans de Belgique, étape indispensable à l'élection de leurs membres au sein de l'Exécutif des Musulmans de Belgique. 

Et à la surprise générale, Salah Ecahllaoui rate son élection au sein de l'EMB.

La suite, nous la connaissons...Durant les deux années qui se sont écoulées depuis l'émergence du nouvel organe chef du culte islamique (mars 2014), rien ne bouge au sein de l'EMB dans le sens de la résolution des dossiers liés à la gestion des reconnaissances des mosquées ou aux autres questions relevant de la mission de cet organe.

Les relations entre les composantes de l'EMB sont on ne peut plus excecrables...

A telle enseigne que l'actuel ministre de la Justice Koen Geens, en arrive à manifester son irritation et à réclamer, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, une réorganisation de cet organe, susceptible d'améliorer le rendement de l'EMB

La division de l'Exécutif en deux chambres: une flamande et l'autre francophone est désormais chose acquise de par la promulgation d'un nouvel arrêté destiné, selon le ministre, à rendre plus performante l'action de cet organe 

Il me semble aujourd'hui, et après avoir scruté et pris la mesure des états de service des acteurs mêlés présentement à la dynamique visant à réorganiser et à tenter de faire fonctionner l'EMB de manière un tant soit peu correcte, que seul Salah Echallaoui, inspecteur de l'enseignement de la religion islamique, près la Communauté française, pourrait être en mesure de réussir cette mission, du moins dans une étape transitoire.

L'homme dispose d'une très bonne connaissance des dossiers relevant des tâches devant être mis en chantier par l'EMB, comme celui de la reconnaissance des mosquées, celui lié au lancement des émissions radio et télé, dévolues aux musulmans sur les chaines publiques ou encore le volet lié à la formation du personnel chargé de dispenser les messages à l'attention des Musulmans de Belgique (Imams, enseignants, aumôniers etc...)

Echallaoui, qu'on l'aime ou non, est le seul acteur impliqué dans cette nécessaire réforme de la DERNIERE CHANCE, à disposer du soutien des Pouvoirs publics belges et des cadres du monde de l'Enseignement en Communauté française.

De plus, ses ouvertures à l'égard des autres organes (juif, catholique, protestant et même laïque), chargés de la gestion du temporel du culte, le placent en bonne posture pour booster la très nécessaire dynamique du Vivre ensemble en ces temps particulièrement sombres pour les membres des communautés musulmanes de notre pays.

Ses excellents rapports avec les représentants des structures turques chargées de la gestion du culte au sein cette communauté, constituent un atout non négligeable pour le développement de liens constructifs.

Seul bémol à mon sens: le personnage traîne derrière lui, à tort ou à raison, une fâcheuse réputation liée, selon ses détracteurs, à un déficit  important en matière de communication et sur le plan relationnel avec ceux et celles qui l'ont côtoyé ou travaillé avec lui...

Quand on sait que ces aspects représentent des conditions indispensables pour la réussite de projets au sein des communautés concernées, il incombe à Echallaoui, s'il souhaite assumer une fonction de premier plan au sein d'un Exécutif réorganisé et restructuré, de faire un effort des plus importants en ces matières...  


  

  





          


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