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... la position des bras devient religion et que la justice est enterrée.
Selon la fatwa du ministre des Affaires religieuses, les bras le long du corps altèrent la prière
Quand en haut lieu, dans les sphères de la Commanderie des croyants, les tenants de l'islam officiel discutent longuement de la position des bras pendant la prière, ils divergent sur la question de savoir s'il faut les croise ou les laisser pendre le long du corps, convoquant en élevant la voix les « constantes de l'école de pensée malikite »,
Pendant ce temps là, ils restent muets comme une tombe face aux injustices qui broient les gens. Aussi bien ceux qui croisent leurs bras que ceux qui les tendent le long du corps
C’est comme si, pour certains, la doctrine n’était qu’un ensemble de rituels formels et mécaniques, accomplis dans les mosquées, plutôt qu’un système de valeurs qui établit la justice, préserve la dignité et empêche la tyrannie.
Cependant, l'école de jurisprudence malikite, à laquelle ils se vantent d'appartenir, faisait de la lutte contre l'injustice un objectif légitime et considérait l'oppression comme une cause de la destruction de la civilisation et de la disparition des nations.
Quel paradoxe !
On invoque les textes sacrés lorsqu'il s'agit d'un simple geste de la main, et on les oublie lorsqu'il s'agit d'effusion de sang, d'un droit bafoué ou d'un jeune homme conduit vers un destin inconnu.
La religion devient un bouclier pour les autorités au lieu d'être une épée de Damoclès contre la nuque des oppresseurs.
Le débat théologique devient un moyen de détourner l'attention d'une question plus profonde : qui determine les responsabilités? Qui surveille les citoyens ? Qui empêche les abus de pouvoir lorsqu'ils dérapent ?
Un État qui réduit la légitimité à un serment d'allégeance symbolique et la vide de sa dimension contractuelle est un État en équilibre précaire, prêt a s'écrouler.
Car le serment d'allégeance est par essence un contrat. Et un contrat, en droit, repose sur le consentement et l'obligation réciproques en droits et en devoirs
Il convient de noter que la véritable allégeance s'exprime par le biais d'urnes démocratiques transparentes, et non en convoquant de force tous les employés de Makhzen pour qu'ils portent des robes blanches et attendent de longues heures debout sur le sol brûlant du Mechouar avant d'être forcés de réciter des phrases incompréhensibles et de s'incliner devant quelqu'un d'autre que le Créateur.
Si l'équilibre des obligations est rompu et qu'une volonté unilatérale prévaut, nous ne sommes plus face à un contrat politique, mais à une assujettissement imposé par la force des circonstances.
Ici, la jurisprudence rejoint le droit constitutionnel : nul ne saurait obéir à une créature en désobéissant au Créateur, et nulle légitimité ne saurait être accordée à une autorité qui n'est ni remise en question ni tenue responsable.
La future République fédérale populaire du Maroc n'est pas un slogan émotionnel, mais une vision juridique pour la redistribution du pouvoir et la prévention de sa monopolisation.
Le fédéralisme implique la reconnaissance de la diversité régionale et culturelle, et l'octroi aux Régions des moyens de gérer leurs affaires avec des pouvoirs réels, et non simplement symboliques.
Une république signifie que la légitimité émane du peuple, et non de la lignée, de l'histoire ou des conquêtes. Un système populiste signifie que le citoyen n'est pas un sujet, mais un souverain.
Dans un système excessivement centralisé et étouffant tel celui sevissant au Maroc, le pouvoir s'accumule entre les mains d'une seule personne, et les frontières entre le religieux et le politique, entre le sacré et l'humain, s'estompent, de sorte que critiquer une décision politique revient à attaquer sa propre foi. Et prêter le flanc à l'accusation d'apostasie.
C’est l’équation la plus dangereuse sur laquelle puisse reposer un État moderne.
Car l'État moderne est fondé sur la séparation, non sur l'intégration ; sur la responsabilité, non sur l'infaillibilité ; sur la rotation, non sur la perpétuité.
L'école de pensée malikite, qu'ils citent, affirme que la justice est le fondement de la royauté, de l'autorité et du contrat social
L'injustice est un signe avant-coureur de la destruction de la civilisation.
Comment peut-on brandir ce slogan dans des discours alors que les portes de la responsabilité restent fermées ? De même que celles des cellules des prisons enfermant des citoyens critiques ?
Comment peut-on demander aux gens de respecter la loi lorsqu'ils constatent que celle-ci n'est pas appliquée de manière égale à tous ?
Les gens ne se révoltent pas seulement à cause de la pauvreté, mais aussi à cause d'un sentiment d'humiliation et d'injustice.
Le Calife Omar n'a-t-il pas dit dans l'un de ses sermons, s'adressant aux musulmans : « Si vous voyez en moi quelque défaut que ce soit, redressez-le », avant qu'un compagnon ne se lève, brandissant son épée et disant : « Par Dieu, ô Omar, je le redresserai avec cette épée » ?
Cette métaphore indique le degré de modestie et de justice qui animait les premiers musulmans
Nous ne sommes pas confrontés à une crise des rituels, mais à une crise structurelle.
Toute réforme qui ne s'attaque pas à la répartition fondamentale du pouvoir restera superficielle, masquant une façade délabrée.
Une république fédérale n'est pas une rupture avec la religion, mais un retour à son esprit moral, qui place l'humain au centre.
Il ne s'agit pas d'une guerre contre l'identité, mais plutôt d'une fortification et une préservation de celle-ci contre l'exploitation politique.
Lorsque le discours officiel s'attache à gérer des détails mineurs pour détourner l'attention des questions majeures, il retarde l'explosion au lieu de l'empêcher.
Les Musulmans pratiquants peuvent avoir des divergences sur la manière de diposer les bras pendant la prière, mais tous s'accordent à dire que l'injustice est inacceptable et que la dignité est indivisible.
Si la jurisprudence islamique met en garde contre les conséquences de l'injustice dans l'au-delà, l'histoire, quant à elle, nous rappelle ses conséquences ici-bas.
Nous devons soit établir un nouveau contrat social fondé sur la souveraineté populaire, la séparation des pouvoirs, la responsabilité et l'autonomisation des communautés au sein d'un État unifié, soit continuer à nous enliser dans un cercle vicieux de slogans et de rituels.
La différence entre un État gouverné au nom du peuple et un État appartenant au peuple réside dans la différence entre une forme sans âme et une âme qui redonne sens à la forme.




