Voyage au bout de l'enfer...juif !
Yassine Bengelloun est un volontaire qui a participé à la flottille en Septembre 2025 et en Mai 2026.
Voici ce qu’il écrit à son retour hier à Casa:
Merci d’être là, toutes et tous.
Merci de m’avoir offert, chaque soir, un exutoire dont j’avais bien besoin. Merci pour vos mots, pour votre soutien tout au long de ce mois.
Merci aussi d’avoir supporté toutes les notifications incessantes de ma part (et de celle de ma maman).
Promis, celle ci est la dernière.
Ce retour est très différent. Ce que nous avons vécu sur cette flottille ne ressemble en rien à l’expérience de septembre.
J’ai vu d’encore plus pres ce que l’humain peut produire de plus sombre, de plus violent. Je n’ai pas encore tous les mots. J’ai peut être besoin d’un peu de temps. Je n’arrive pas encore à donner du sens à cette violence…
On nous a cassé des côtes, des nez, des chevilles, disloqué des épaules. On nous a tasé, tiré dessus avec des balles en caoutchouc. Mon ami Scott a perdu l’ouïe après un coup de matraque et doit se faire opérer. Des agressions sexuelles ont été commises. Des viols aussi.
Entendre hurler nos camarades les un.e.s après les autres pendant toute une journée est peut être encore plus dur que le temps passé dans ce même conteneur de torture.
Hésiter entre se faire asperger de pepper spray ou signer un papier disant que l’on est entré illégalement en Israël.
Se laisser gagner par la peur.
Ne plus savoir, au fil des jours, si ce qu’on vous pointe sur la tempe est une arme ou une bouteille d’eau qu’on vous tend après quatre heures passées à genoux sous le soleil, tête au sol, les mains menottées dans le dos.
La peur du moindre bruit, même lorsqu’il ne s’agit que d’une porte de toilettes qui se referme. La peur que la moindre botte s’abatte sur vos côtes pendant que deux soldats nous maintiennent la tête.
Fermer les yeux et revoir les coups. Entendre la voix d’un soldat dire : “Don’t worry, I am the doctor”, avant de nous envoyer une décharge de taser.
Entendre encore et encore, les cris de sa camarade qui supplie un soldat de desserrer les serre câbles parce qu’elle ne sent plus ses mains et le soldat lui dire de se taire.
L’entendre supplier à nouveau, puis pleurer. Entendre les coups.
Puis entendre le silence. Les cris et les pleurs se sont arrêtés net.
Imaginer le pire sans pouvoir lever la tête.
Puis le bruit du soldat qui la retourne, et le bruit d’elle qui vomit.
C’est horrible. C’est violent. C’est caché.
Peut être que c’était aussi cela, le but de cette flottille:
Mettre en lumière toute cette merde. Faire en sorte que les gens s’indignent enfin.
Parce qu’il faut bien le dire franchement : on en a rien à faire des Palestinien.ne.s.
Cela fait près de 80 ans qu’iels vivent ce que j’ai vécu, à une échelle infiniment supérieure.
Mais parce que c’est moi, parce que vous me connaissez, parce que c’est nous, 428 ressortissant.e.s étranger.e.s revenu.e.s pour raconter ce que nous avons vu, alors, alors, les gens prennent le temps d’écouter, sortent enfin du déni, et disent que c’est horrible.
Je suis triste et en colère.
Triste, parce que je réalise seulement maintenant à quel point cette violence est ancienne, profonde, enracinée, au point de faire partie de l’ADN, de la genèse de ce pays.
Et j’ai beaucoup, beaucoup de mal à voir comment on en sort, surtout après 78 ans.
Et en colère, parce que nous sommes toutes et tous responsables de la création de ce monstre. Nous avons laissé faire, et nous continuons à ne rien faire.
Je connais encore trop de personnes autour de moi qui, par simple fainéantise ou facilité, préfèrent aller au Carrefour du coin plutôt que de marcher un peu plus loin jusqu’à une épicerie locale ou une autre alternative.
La Palestine est libre. C’est désormais à nous de l’être.
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