samedi 26 mars 2016

Témoignage émouvant d'...

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...Emilie 



Source La Libre Belgique

La jeune femme se rendait à son stage quand elle fut confrontée aux attentats de ce mardi. L'entraide et le soutien que se sont apportés les passagers de sa rame de métro l'ont touchée. 

Emilie n'était pas directement dans la rame de métro visée par Khalid El Bakraoui mais a toutefois ressenti l'explosion. 

Sa lettre ouverte, postée sur les réseaux sociaux, est notamment destinée à ceux qui l'ont aidée à sortir des sous-sols bruxellois... Découvrez-la ci-dessous : 


"Mardi 22 Mars, il est 8h10 quand j’arrive à la gare de mon petit village. Destination Bruxelles. 

Je ne suis alors qu’une jeune étudiante en communication qui doit réaliser son stage de dernière année et qui a choisi de le faire à Bruxelles. 

J’aime cette ville, j’aime sa place, j’aime son Manneken et Jeanneke Pis, j’aime son Atomium, j’aime ses bars, j’aime ses rues, j’aime Bruxelles. 

Je pense être à Halle quand je reçois une notification sur mon Smartphone. Explosions à Zaventem. 

Directement - peut-être un stupide réflexe pour tenter de se rassurer soi-même - je regarde les visages des personnes qui m’entourent. Ont-ils l’air choqué ? 

Paniqué ? Apeuré ? Il n’en est rien. Je me dis alors que ce n’est peut-être pas si grave. 

Quelques minutes plus tard, une dame avec une valise monte dans le train et s’assied à coté de moi, elle compose un numéro, surement celui d’un proche, je l’entends fondre en larmes.

 Cette dame devait partir pour son pays d’origine, le Portugal. J’ai de la peine pour elle, j’ai envie de la réconforter, et puis une jeune fille me devance. 

Je les laisse donc discuter et je descends à gare-centrale. 

Comme à mon habitude, je me dirige vers les métros. J’entends une personne à coté de moi dire "Après ce qu’il vient de se passer à Zaventem, moi je ne prends pas le métro !", du coup, j’hésite. 

J’arrive dans le couloir, moins de monde que d’habitude. Ça me surprend. Je décide donc d’envoyer un message à mes proches: "dois-je prendre le métro ? 

Peut-être vaudrait-il mieux que je rentre ?" On me répond qu’il n’y a surement aucun risque, que je peux y aller. 

Ce message, je le reçois à 09h09. 

09h12, j’envoie un message à mes proches : "Il y a un problème". 

Comme chaque matin, le métro est plein, je suis collée à la porte à l’avant du métro direction Stockel. 

Mes écouteurs dans les oreilles, j’ignore pourquoi, ce matin-là, je n’avais pas enclenché ma musique. 

On avait passé Parc et Arts-Loi, on arrivait à Maelbeek lorsqu’un bruit sourd et un énorme souffle a envahi le métro. J’entends encore les cris aigus de tous les passagers. 

Est-ce que j’ai crié ? Je n’en sais rien. Je ne sais plus. La conductrice a directement arrêté le métro, en sortant de sa cabine elle nous demande si tout le monde va bien. Je vois de la peur dans ses yeux. J’ai peur. 

Elle nous explique qu’elle ne sait pas ce qu’il s’est passé mais que nous devons garder notre calme. A ce moment-là, je suis en pleurs, je suffoque, j’étouffe, je veux sortir. 

Plus tard, un homme de la sécurité nous rejoint. Il transpire, je vois des gouttes couler sur ses tempes qu’il essuie avec un mouchoir. 

Il nous explique que nous allons devoir évacuer. J’attends. Je regarde les gens qui m’entourent, j’entends des pleurs, des rires aussi, surement de personnes essayant de relativiser la situation. 

Je continue à communiquer par messages avec mes proches. 'Venez me chercher, svp. J’ai peur.' 

Un homme se décide à ouvrir la fenêtre - c’est vrai qu’il faisait particulièrement chaud – un nuage de fumée envahit le métro. Je prie pour que cela ne soit qu’un cauchemar. 

Cette fumée et cette odeur insupportable de plastique brûle, je la sens encore aujourd’hui, et je la sentirai longtemps. 

J’ignore combien de temps on a dû attendre, j’avais l’impression que c’était une éternité. Je tente de mettre ma bouche et mon nez dans mon écharpe du mieux que je peux, en vain. 

L’odeur est toujours là. Au loin, une dame voit que je ne me sens pas bien et me propose de prendre sa place assise en attendant d’être évacué. Je refuse. 

Cette dame avait bien plus du triple de mon âge et avait certainement plus besoin de s’asseoir que moi. Un homme essaie de faire de l’humour, mais je ne ris pas. Je ne veux pas rire. Je veux sortir. 

Je sens des mains me toucher le bras, me caresser l’épaule. Je ressens du soutien mais je ne vois pas leur visage. Je fini par tomber, ou du moins, me laisser tomber par terre. Je cherche de l’air, j’ai besoin d’air. 

Quelques secondes, minutes ou heures plus tard, je suis toujours assise par terre lorsqu’une dame me regarde et me dit 'Mademoiselle, relevez-vous, nous allons sortir'. 

Je me lève et les passagers me laissent passer comme s’ils avaient tous vu que je gérais très mal la situation. J’avance, j’essaie de me dépêcher mais mes jambes ont du mal à me suivre. 

On m’aide à descendre du métro. Nous nous retrouvons tous à marcher sur les voies du tunnel, il fait noir, il fait froid, mais je meurs de chaud, je n’arrête pas de tousser, la fumée m’étouffe.

 On a du mal à marcher, car ce sont des cailloux à nos pieds. Je sens une dame derrière moi me prendre par le bras : 'Je ne comprends pas pourquoi vous pleurez, vous êtes en baskets, je suis en talons. 

Vous avez déjà marché sur des cailloux en talons ?' Je souris, et je vois dans ses yeux qu’elle est contente de m’avoir fait sourire. 

C’est la fin, je vois de la lumière, je sens de l’air. Je sais que c’est fini, du moins pour moi. J’ignore si c’est par soulagement, mais arrivée dans la rue, je m’effondre par terre. Tout en restant consciente. 

Comme si mes jambes me disaient « merde ». Une dame est allée me chercher un coca et m’a parlé pour que je reprenne mes esprits. 

Aujourd’hui, je suis retournée dans mon petit village où il fait calme, et je vais bien. Si j’écris ces lignes c’est pour dire merci. Je n’ai pas vu de corps à terre, je n’ai pas vu de débris, je n’ai pas vu de blessés. 

Mais j’ai vu de la solidarité. J’ai vu le soutien des gens qui m’entouraient, qui avaient probablement bien d’autres choses à faire que de s’occuper de moi, et pourtant ils étaient là.

 J’ignore leurs noms, j’ignore leurs visages, mais s’ils se reconnaissent en lisant ce texte, ils comprendront toute l’affection que j’ai pour eux. 

J’aime Bruxelles, j’aime la Belgique, mais ce que j’aime surtout, ce sont ses belges.


Emilie Raskin"

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