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...dénonciateurs de la normalisation avec Israël sont systématiquement arrêtés et condamnés
Source Mediapart
Le rappeur El Mahdi Lyoubi, détenu au Maroc et symbole de la répression des artistes
Très attendue, l’audience du rappeur et réalisateur marocain El Mahdi Lyoubi, dit Mehdi Black Wind, prévue pour le 31 juillet au tribunal de Casablanca, s’annonce déterminante pour la suite d’une affaire aux allures kafkaïennes.
Rabat (Maroc).– En arrivant, le 13 juillet, à l’aéroport de Casablanca pour prendre l’avion qui devait le ramener à Marseille, où il vit depuis près de dix ans, à aucun moment le rappeur et réalisateur marocain El Mahdi Lyoubi, connu sous le nom d’artiste de Mehdi Black Wind (MBW), n’imaginait ce qu’il allait vivre quelques heures plus tard.
Toutes les procédures précédant l’embarquement se sont déroulées le plus normalement du monde. Après avoir enregistré son bagage, il se dirige vers la police aux frontières. Son passeport est tamponné : il peut donc embarquer.
Mais au moment où il pose son pied dans l’avion, deux hommes l’abordent. Ils se présentent comme des policiers et l’invitent à les suivre.
« Est-ce que je peux savoir pourquoi ? », leur demande-t-il, d’après les éléments recueillis par Mediapart. « On ne sait pas exactement. Nous exécutons les instructions. Tout ce qu’on sait, c’est que vous êtes interdit de quitter le territoire national. Les motifs, on ne les connaît pas. »
Il est conduit en dehors de l’aéroport par les deux hommes et… libéré. Mais avant de prendre congé de lui, ils lui recommandent de se rendre au commissariat de son quartier à Salé, une ville voisine de Rabat où El Mahdi Lyoubi, 34 ans, a vu le jour et vécu avant de s’installer à Marseille.
Manifestation en soutien au rappeur marocain Mehdi Black Wind, devant le tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, le 22 juillet 2026. Il décide aussitôt d’appeler son ami le plus proche, Hamza Mahfoud, un ancien militant du Mouvement du 20-Février, né dans le sillage du Printemps arabe et, lui aussi, installé dans la cité phocéenne.
Il lui raconte tout ce qu’il vient de vivre à l’aéroport de Casablanca avant de prendre la route vers Salé, où vivent ses parents.
Au commissariat de son quartier, les policiers n’ont aucune information fiable à lui fournir.
« Ils n’étaient même pas au courant de son interdiction de quitter le territoire », raconte Hamza Mahfoud à Mediapart, joint par téléphone.
Après avoir passé quelques coups de fil, ils lui recommandent, à leur tour, de retourner à Casablanca, au siège de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).
« Outrage à une institution constitutionnelle »
Mercredi 15 juillet, El Mahdi Lyoubi est placé en garde à vue à la BNPJ, avant d’être présenté le même jour devant le procureur, qui décide de le placer en état d’arrestation pour « outrage à une institution constitutionnelle ».
Depuis, il est détenu à la prison Oukacha à Casablanca en attendant la première audience devant le tribunal de la même ville, vendredi 31 juillet.
Né à Salé en 1992, El Mahdi Lyoubi a effectué l’essentiel de sa formation artistique au Maroc, à l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma à Rabat, avant de s’envoler en 2017 pour Marseille, où il a obtenu un master en documentaire à l’université Aix-Marseille.
Le rap, il a commencé à le chanter dès 2010 à Salé. Les paroles, en darija, le dialecte marocain, évoquent les problèmes d’une jeunesse urbaine sans perspectives, baignant dans les inégalités et les injustices sociales.
Dans le tourbillon des premières manifestations de la GenZ 212, un mouvement de jeunes revendiquant des réformes politiques et sociales né fin septembre 2025, MBW politise ses textes et adhère aux thématiques défendues par le mouvement.
Début juillet 2026, il décide de passer une dizaine de jours au Maroc pour un repérage lié à son prochain film, un dialogue entre deux jeunes artistes, l’un vivant au Maroc, l’autre en France.
Il devait également se produire à L’Uzine, un centre culturel alternatif fondé à Casablanca par l’industriel Karim Tazi, où se produisent généralement de jeunes talents aussi bien dans le théâtre que le rap ou encore la danse.
« Il voulait aussi voir en famille le match de foot entre le Maroc et la France. Heureusement qu’il l’a vu avant d’être arrêté », ironise Hamza Mahfoud.
Son arrestation a suscité une forte mobilisation au Maroc, mais aussi à l’étranger, notamment en France, parmi les artistes et les militant·es des droits humains.
Une pétition demandant sa libération et appelant les autorités marocaines à mettre un terme au harcèlement des chanteurs, publiée par Mediapart, a été signée par plus de 500 artistes, parmi lesquels l’écrivain marocain Abdellah Taïa, les cinéastes Faouzi Bensaïdi et Simone Bitton ou encore le chanteur marocain Younès Megri.
« Cette arrestation n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, et de manière intensifiée depuis le mouvement GenZ, les autorités marocaines répriment les voix critiques : plus de 1 000 personnes incarcérées, certaines condamnées à des peines allant jusqu’à quinze ans de prison, précise la pétition.
Militant·es, journalistes, artistes : la même logique répressive vise particulièrement celles et ceux qui dénoncent les abus du gouvernement. La liberté de créer, de contester et de critiquer est indispensable au rôle social et politique de l’art. »
« Il savait qu’il prenait des risques en rentrant »
Outre les militants rifains et sahraouis, condamnés à de lourdes peines de prison ferme, la justice marocaine a souvent la main lourde sur la nouvelle génération de jeunes artistes, adeptes d’une culture de la contestation et influencés par le Mouvement du 20-Février.
Pour la plupart, très connectés, ils bénéficient d’une certaine visibilité sur les réseaux sociaux, aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.
L’un des premiers rappeurs à avoir subi les foudres de la justice du royaume est Mouad Belghouat, surnommé « El Haqed », souvent orthographié L7a9ed selon l’orthographie arabe Web/SMS, qui signifie le « rancunier ».
Il fut incontestablement le chanteur patenté du Mouvement du 20-Février. Entre 2011 et 2014, il a été arrêté trois fois et accusé, notamment, « d’outrage à fonctionnaires ».
Plus tard, en 2018, un autre rappeur, Mohamed Mounir, plus connu sous son nom de scène Gnawi, est surtout célèbre pour son single Aâcha châab (« vive le peuple »).
Il a été lui aussi accusé d’« outrage à fonctionnaires » et condamné, la même année, à un an de prison ferme. En décembre 2025, Jawad Asradi, nom de scène Pause Flow, qui rappe en darija et en tamazight (la langue berbère), a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour « outrage à agent public », après avoir passé un mois en détention provisoire.
Il est l’un des chanteurs les plus proches de la GenZ, et parmi les plus écoutés au Maroc.
Très attendue, l’audience du 31 juillet au tribunal de Casablanca sera sans doute déterminante pour la suite de ce procès.
El Mahdi Lyoubi sera présenté à un tribunal sans avocats, ces derniers étant en grève depuis plusieurs jours. Les amis du rappeur espèrent que le juge « va enfin dire ce qu’on reproche à Mahdi ». « On ne sait pas exactement à ce jour, s’insurge l’une des ami·es proches du rappeur. Sa famille n’a pas accédé au procès-verbal et les avocats sont en grève. Qu’est-ce qu’il a dit, ou écrit, pour mériter ce qu’on lui fait subir ? On ne sait pas plus que ce qui a été publié par les médias. »
Savait-il qu’il allait être arrêté, puis détenu, en rentrant au Maroc, après une absence de plus de sept ans ?
Ses ami·es assurent qu’il voulait surtout revoir ses parents. « C’est sûr qu’il savait qu’en rentrant au Maroc, après sept ans d’absence, il prenait des risques, mais il ne s’attendait pas à tout ça, poursuit cette proche. Il est vrai aussi que ses textes et ses chansons sont engagés. Ils évoquent les injustices sociales et les problèmes de la jeunesse, mais Mahdi n’est pas radical. Il s’exprime avec l’art et par l’art.

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